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Les paradoxes pathologiques contre l'emploi Le marché marocain de l'emploi souffre d'un paradoxe culturellement et sociologiquement pathologique. Des centaines de milliers d'offres d'emploi restent non pourvus, et notamment celles qui exigent des qualifications et de la mobilité sociale, inversement, 2 millions de jeunes ne trouvent pas de preneurs. Diplômés en formations inachevées ou peu prisées, d'autres sont carrément sans bagages scolaires, tous trainent dans une avalanche de stages à l'infini, débouchant dans le meilleur des cas, sur un emploi précaire, instable et dévalorisant. Ce dysfonctionnement structurel qui a une relation de cause à effet entre formation et emploi dure depuis une trentaine d'années, et ne cesse de se creuser, provoquant pour l'instant des contestations silencieusement assourdissantes chez les chefs d'entreprise et chez les travailleurs et plus particulièrement chez les jeunes. Là où le bât blesse, le gouvernement semble peu à l'écoute, peu pressé, peu courageux pour s'y engager avec imagination et agressivité par un programme d'action efficace sur la question sociale épineuse «éducation-formation-emploi». Il y a urgence pour que le gouvernement manifeste sa présence et agit en mettant en œuvre un plan d'actions qui aboutit à des résultats concrets. Opérateurs régionaux de l'emploi A cet effet, il doit rassembler l'élite du pays, les motiver à s'y impliquer autour de projets sociaux audacieux en toute liberté, en ayant en main des données sociologiques et statistiques fiables et mesurables sur cette question. Pour ne plus perdre du temps et aller directement au but, il faut mettre à la casse les codes erronés, les principes poussiéreux, et se libérer des statu quo technicistes et de toute sorte de préjugés nuisibles au dialogue et à l'action collective. Justement, le Forum permanent doit prendre racines au niveau des régions, entre et avec les animateurs-développeurs de la vie politique, économique et culturelle, les créateurs-innovateurs des idées et des expériences réussies, les groupes de croissance et toutes les forces vives de bonne volonté. Au-delà du droit de l'inventaire et du mea culpa des uns et des autres, il faut effectuer les états des lieux des sans emplois et des formations, la revalorisation des intelligences collectives, l'exploration des identités économiques en fonction des spécificités de chaque région et des différents secteurs tels le BTP, l'éducation, la santé, l'habitat, le tourisme, l'agriculture, les services immatériels, l'artisanat, la culture, les loisirs et les sports… En toute honnêteté intellectuelle et politique, le pouvoir public doit changer d'attitude de donneur d'ordres en modernisant sa vision des sociétés marocaines régionales, les désenclavant politiquement et économiquement pour les intégrer dans une stratégie nationale et internationale, en pratique, les soutenir à créer des systèmes d'informations et de gestion entre l'offre et la demande d'emploi, le ciblage des secteurs porteurs, la création d'écoles d'ingénieurs et de techniciens, l'accroissement, en moyenne de 5 à 10 nouveaux programmes de formation en express par an, se rapportant aux métiers émergents et aux professions manquant de compétences, la revalorisation du travail manuel et du savoir-faire traditionnel, la création de pôles de recherche et d'innovation, la labellisation des produits du terroir répondant aux normes internationales… A ce sujet, pour que la machine régionale de l'emploi puisse tourner vite et bien, elle a besoin d'un seul et unique opérateur gestionnaire d'orientation et de placement des sans-emploi. Ayant une autonomie d'action et bien armé en compétences et puis une mission précise, celui-ci saura à quoi se tenir. Son action sera évaluée annuellement et validée en fonction de ses performances dont dépend, certes, le renouvellement de son contrat. Articulation logique entre national et régions Politiquement, la légitimité des régions s'affirmera dans le domaine «éducation-formation-emploi» davantage par le pouvoir d'influences actives plutôt que par la simple prescription; ce qui impose l'articulation logique par rapport aux objectifs politiques définis au niveau national. Autrement dit, les pouvoirs publics doivent revoir leur copie puisqu'ils se trompent d'outils, d'intermédiaires, de méthodes d'accompagnement, et d'aspirations des jeunes et des attentes du marché, bref, oser placer l'imagination au service des intérêts collectifs. Là où le Maroc crée des programmes publics trop lourds et trop coûteux, gérés par une suradministration jacobine qui ignore presque tout de l'environnement de l'entreprise et des mutations internationales, la nouvelle tendance des dispositifs insertion professionnelle qui se généralise dans les pays qui gagnent des points précieux contre le chômage, privilégie la sous-traitance par le privé des services d'accompagnement des sans-emploi. L'Australie, les Pays-Bas, la Suède, l'Irlande, les Etats-Unis, le Canada qui ont opté pour cette politique accrue de défonctionnarisation, font appel à des agents économiques privés rôdés à un marché d'emploi plus fluide et très complexe par l'évolution technologique, la mondialisation, le nomadisme des compétences, la transition de l'industrie aux services cognitifs. Réapprendre à vivre ensemble, à travailler ensemble En adoptant le procédé de la sous-traitance de la gestion des compétences et de l'emploi par le privé , les performances des opérateurs régionaux seront quantifiables et visibles, par-dessus le marché, le budget de l'Etat marocain consacré à cette question sera nettement moins onéreux que les dépenses éparpillées qui lui y sont réservées actuellement; d'où possibilités d'investir le surplus dans des actions se rattachant, par exemple, à une meilleure harmonisation entre le demande économique et la gestion des compétences où à la mise en valeur d'expérimentations innovantes. Pour consolider les stratégies économiques régionales et miser sur la réduction du piège du chômage, il ne suffit pas de manier des incitants sporadiques tant financiers que pédagogiques, il incombe aux autorités nationales d'élaborer des politiques sociales attractives et macro-économiques pour d'une part s'attaquer aux causes profondes des migrations des jeunes vers les grandes villes (Casablanca, Rabat, Marrakech), et d'autre part, d'être susceptibles de stimuler et d'appuyer les initiatives régionales qui restent les moteurs fondamentaux de la croissance et la création d'emplois. A ce sujet, il faut avant tout que l'essentiel des intérêts des Marocains soit le Maroc, en premier, des décideurs nationaux et régionaux qui doivent réapprendre les bonnes habitudes de bons citoyens à travailler ensemble, à vivre ensemble pour rendre la société marocaine plus équitable, plus confortable et plus heureuse, du coup, les héritiers trouveront des raisons objectives et claires pour l'aimer et s'y investir pleinement. |
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Par Mohamed Hamadi Bekouchi | LE MATIN |
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