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Classes moyennes et crise internationale : Le Maroc «sans
milieu social»
Mohamed Hamadi Bekouchi
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Le Maroc a connu des transformations radicales qui ont mis en avant l’urgence de la question sociale. La crise internationale risque de donner le coup de grâce à la classe moyenne déjà bien fragile.
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Enseignants, médecins, avocats, journalistes, la classe moyenne est–elle insensible à la flambée des prix des produits
alimentaires et des loyers ? Cette flambée a déclenché des mouvements de protestation et de revendication qui demeurent très généralement souterrains, rassemblant, au-delà des classes moyennes
intermédiaires et inférieures de larges employés et professionnels (enseignants, médecins, avocats, jeunes entrepreneurs, journalistes). En dépit de cette situation dramatique, aucun débat
sérieux ni prise de décision majeure sur la question sociale au sein de l’assemblée parlementaire ou au niveau de sphères plus haut sur la crise et les revendications des travailleurs, au-delà
des salaires (droits sociaux, protection médicale, formation, promotion..), l’intégration professionnelle des jeunes, la gouvernance des administrations y compris les collectivités locales, les
comptes des organismes sociaux, la corruption, la flambée des prix des matières de première nécessité.
Il n’y a pas de doute qu’économiquement la société marocaine s’effrite. La très grande majorité des Marocains souffre du mal être social, frustrée, raclée dans une espèce de classes moyennes
bâtardes, bradées et indéterminables s’étendant sur plusieurs denses étages intermédiaires et inférieurs.
Profondément inquiètes, cyniques, voire aigries vis-à-vis des décideurs, elles subissent la loi des politiques molles et d’opacité. Ne savant plus à quel saint se vouer, les classes moyennes sont
en train de s’étouffer dans la tour infernale des violences et de l’incertain.
Spirale de la pauvreté
«Ni rentiers ni nantis, les classes moyennes» ne sont plus protégées contre la pauvreté par le travail. Et moins encore par la voie de la distinction sociale ni d’enrichissement. Pour preuve, les
classes moyennes intermédiaires et inférieures sont en situation de précarité. Cependant, en dépit de leur angoisse et de leur colère, elles sont, quelque part, fières d’échapper à l’assistance
familiale et la délinquance. A cet effet, les classes moyennes intermédiaires et inférieures peinent depuis un âge très précoce et pourtant, elles ne peuvent presque jamais acquérir le minimum
vital matériel et culturel pour se nourrir, se loger ou se soigner ou encore envoyer dans de bonnes conditions leurs enfants à l’école.
La dynamique de la spirale de la pauvreté des classes sociales, est moins d’être marginale ni d’ordre conjoncturel. Bien au contraire, elle est installée dans la durabilité; visible et
infectante, la pauvreté prend une ampleur inquiétante, et concerne tous les âges, les deux sexes , les urbains et les ruraux, les analphabètes et les peu qualifiés. Même les jeunes diplômés de
l’université issus des catégories intermédiaires, voient se dérober sous leurs pas les dernières marches à l’entrée dans les classes moyennes. Ils vivent ce retournement comme un risque de
déchéance et de marginalisation dans une classe d’incertitude sans avenir ni retour, et leurs parents assistent amèrement avec eux à l’extinction d’un projet social hier triomphant et
confortable. Si naguère, la pauvreté rongeait, le plus souvent les orphelins et les vieillards abandonnés, aujourd’hui, les pauvres sont avant tout des jeunes, pleins d’avenir dans la pauvreté et
l’anomie. Finalement, ce n’est plus seulement une question de chiffres, au demeurant, impressionnants il s’agit d’un glissement périlleux et indéfinissable des classes moyennes vers les
intermédiaires et les inférieures. Voire l’exclusion sociale.
En tout état de cause, le niveau de pauvreté, maintenant n’existe plus. Tout le monde se considère pauvre, dans les meilleurs des cas, il stationne au parking du seuil de la pauvreté avec une
peur viscérale d’être éjecté vers les bas fonds de la société.
Reproduction sociale
Sociologiquement, la société marocaine est relativement semi-rigide d’où les mécanismes de reproduction sociale fixent les classes intermédiaires et inférieures, de ce fait, elles ne peuvent
espérer accéder à un statut plus élevé et prometteur. A cet égard, leur statut actuel ne leur permet d’exercer que des emplois dégradants, mal payés, et en aucun cas, une garantie pour s’en
sortir et gagner des galons.
Vivant très généralement en familles nombreuses, les charges des classes moyennes augmentent disproportionnellement par rapport à leur revenu, d’où la multiplication des facteurs de risque de la
pauvreté. En pratique, elles sont contraintes de réduire leur achat en biens de consommation de première nécessité ; l’alimentaire, l’habitat, les équipements mobiliers et électroménagers, les
produits culturels et les loisirs. En fin de compte, la dynamique de la spirale de la pauvreté aplatit ces classes sociales dans une survie en sursis. Il est clair que la pauvreté au Maroc a
encore de beaux jours devant elle.
Informel et corruption
Un profond sentiment d’infériorité, de peur, d’impuissance et de vicissitudes, d’être en marge et dépendant, maintient les classes moyennes dans «une économie du marché désorganisée, minée» de
l’informel et nourrie des corruptions. Un adage Chinois dit que lorsque «la sardine commence à sentir mauvais, c’est par la tête». Nul ne doute que l’autorité de l’Etat est affaiblie, puisque les
pouvoirs publics ont perdu la main sur un système économique de l’immédiat et du jetable, aggravé par la dérégulation et l’ivresse financière mondiale. En absence de solidarité institutionnelle,
beaucoup de classes moyennes « sont exclues de régime social du droit commun et des dispositifs de formation professionnelle» , de ce fait, elles subissent une double peine : rester dans le
meilleur des cas, des éternels smicards végétant avec un pécule de misère et condamnées à être clouées en zone de précarisation et de sans issue.
Plus de 5 millions fourrées en Classes inférieures
«Ces exclus de promotion sociale refusent la mendicité et la tricherie sociale». Il ne s’agit pas pour eux de travailler plus pour gagner plus, encore moins pour s’enrichir, d’ailleurs,
fondamentalement cet axiome arithmétique ne les a jamais fait rêver, et pour cause ! Leurs préoccupations élémentaires ; en termes, de gravité et d’urgence, se réduisent avant tout ; comment
faire pour bénéficier de minimum de garanties universelles, tels l’accès aux soins de base de santé, au revenu minimum prestations familiales, ou encore aux pensions de vieillesse et d’invalidité
?
Ce mal être social touche plus de 5 millions de classes moyennes. Cette situation est anachronique dans un pays qui prône le Droit de l’Homme et la démocratie. C’est pourquoi, l’Etat doit se
placer comme un révolutionnaire politique en réformes structurellement profondes et opérateur de bonne gouvernance sociale et fiscale, en d’autres mots, un garant et un avant-gardiste dans le
pilotage d’une stratégie politique agressive dans l’amélioration des conditions du travail et des salaires des classes moyennes, dans la dynamisation de processus de leur accès à la formation,
l’actionnariat et le partage des richesses. En ce sens, il est urgent que les pouvoirs publics osent mettre en formes des dispositifs d’informations et d’accompagnement pour les classes moyennes,
c’est la meilleure manière de redonner à ces catégories de la population marocaine toute leur dignité, certes, la place qu’elles méritent.
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