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Samedi 5 avril 2008

C’est fini le patron, maitre absolu des lieux

On n'arrive pas à créer une entreprise sur un coup de tête ni par oisiveté, sauf si on est kamikaze où encore si l’on est nourri d'histoires incantatoires et fouriéristes. De même c’est la fin du patron entropique,   et maître absolu des lieux, la nouvelle génération est plus jeune, plus volontaire plus nomade au parcours international, plus exposée aux risques, plus multi langues, plus-ntic et communicante et plus esprit d’équipe. Touchée, très tôt, par le virus des affaires, sans complexe, cette nouvelle race de promoteurs a quelques précieux atouts  pour se jeter dans la mêlée

 

Toutefois, les jeunes marocains ne sont pas en général intéressés ni par l’idée d’entreprendre  ni par l’audace d'être en premières lignes.  Peu  téméraires et lymphatiques, leur  rêve se réduit à être fonctionnaires de préférence cadres supérieurs. Voyons donc : emploi à vie et avantages sociaux. Mentalités d’installés et des résistants au changement produits par la  monstruosité  des tares du système scolaire, et plus largement des  défaillances  structurelles en espaces culturels et d'épanouissement[1].

 

Moins de 2% de la  population active s’investit dans la création d'emplois. Situation  culturellement pathologique et très grave quand on sait que le tissu économique et industriel marocain est constitué, à plus de 95% de petites et moyennes entreprises[2].

 

Pas un seul profil ni une seule voie qui mène à la réussite

 

Nul doute que l'aventure entrepreneuriale ne botte pas grand monde, et le peu des prétendants partent rarement de rien. Fréquemment, le futur promoteur a déjà baigné dans un milieu socio familial habitué aux affaires. Le cas le plus répandu touche ceux qui y accèdent via l'héritage sanguin, disposant de valeurs sûres. Ces héritiers ayant un où plusieurs parents rôdés aux affaires, leur apportant de l'expérience, des relations, des capitaux, où mieux encore, les trois à la fois.

Une seconde catégorie est issue de familles à l’itinéraire moins glorieux et  peu honorable : aux mains sales par le blanchiment d'argent, la corruption, les privilèges de position sociale. Plusieurs experts en ressources humaines casablancais évoquent «qu'on est patron parce qu'on est le fils de son père, où encore parce qu'on a amassé des capitaux de manière peu scrupuleuse».

 

En tous les cas, rien ne peut constituer une garantie pour gagner en affaires, et il n'y a pas de profil-type ni une seule voie qui mène à la gloire. Ce qui est sûr, de plus en plus, des jeunes gagnent brillamment leurs premiers médaillons de patron, sans être pour autant élevés dans une famille très riche ni issus de parents corrompus[3].

 

En biseness, l’impossible n’existe pas

Loin de l'image fantasmagorique du self-made-man américain des années 1930, les jeunes promoteurs Marocains  ont, dans une très forte majorité, suivi des études en management, en finance, en informatique, en communication, en tourisme et en loisirs, d’autres venant du   médical et de l’ingénierie industrielle et en moindre mesure du juridique. Parallèlement,  à leur formation  académique, ils ont bénéficié d’expériences, à titre de stagiaires, voire de salariés durant quelques saisons, dans une partie d’entre eux a participé à des concours et à des salons en rapport avec leur projet professionnel. Ce rituel initiatique leur a permis de formaliser et de construire leur projet, de mieux cerner les contours et la complexité du  monde du travail, et puis de mieux appréhender les aspects pratiques de leur nouveau job, Autrement dit, avant donc de se jeter à l'eau, clairvoyant et soucieux de l’efficacité de leur action, les nouvelles générations de promoteurs s’y préparent. En toute logique, chacun en fonction de sa vocation,  ses objectifs, de son audace, de son intuition et aussi de ses réseaux va au charbon.

Les uns veulent planter leur tente artisanale  au coin de leur rue, d'autres plus ambitieux  se battent pour  s’accaparer  d’adresses    prestigieuses  dans les grandes agglomérations marocaines, quant à une infime minorité conçoit le monde comme un petit village résauté, et à tout instant,  accessible. Son challenge consiste à s'imposer  dans des sphères qui se situent hors des fiefs[4]  habituels de leurs aînés.

Ce qui est formidable chez ces futurs patrons créateurs de richesse, tous  croient dur comme fer que leur projet professionnel va de paire  avec leur projet de vie; c’est pourquoi pour eux en business, l’impossible n’existe pas.

 

Etre passionné, vigilant et …futé

Conscients que rien n'est simple pour réussir, puisque créer une entreprise leur réclame  de détenir une carte multifonctionnelle en compétences, en qualités humaines, le tout effleuré d'un zest d'imagination et énormément de prise de risque.  Et ce n'est jamais suffisant, car, il ne faut pas se voiler la face, sans passion, ni peu de capital ni encore quelques bons rapports sociaux privilégiés, on ne peut strictement rien entamer de sérieux ni de durable.

 

C’est pourquoi, le futur promoteur qui veut ouvrir la boite de pandore  du biseness, doit être habile et déterminé, et ose entamer son aventure à trente six mille risques. Cette aventure exige que celui-ci sait comment constituer un dossier en béton, comment choisir un bon nom de marque d’entreprise, comment choisir la forme juridique la plus appropriée, comment s’affirmer par une communication persuasive,  comment se défendre devant des institutions financières et des investisseurs, comment développer des relations de confiance avec  sa clientèle, ses fournisseurs et des distributeurs, comment se préparer psychologiquement aux trous d'air, comment acquérir les cultures du changement et du risque, et bien sûr, comment gagner de l’argent et de l’estime ?

 

A ce titre, les plus vaillants, les plus futés des promoteurs de la nouvelle génération, déçus par l'attitude trop timorée et atonique des banquiers et du pouvoir public, leur tournent le dos et pressent le pas. Avant d'avoir quelquefois, finis d'aménager leurs locaux ou d’installer leur enseigne, ils ont déjà raflé de précieuses commandes. Incontestablement, voilà une manière perspicace, hors  des sentiers battus, d'opérer, qui place, d’emblée, l’entrepreneur junior en rang  de loup convoité…et pourquoi pas, demain, en dinosaure d’affaires !

 

Merche ou crève

Il n’en demeure pas moins  qu’aucun ticket d'entrée au cercle des patrons gagnants n'est octroyé à l’entrepreneur junior sans preuves tangibles[5]. Et pourtant, même s’il cueille  les premiers fruits de ses efforts et les affaires marchent bien, il ne doit, sous aucun prétexte, oublier que son entreprise baigne continuellement en zone à très fortes turbulences. A tout moment, le navire peut chavirer, ce qui signifie que  le futur entrepreneur doit être « un très bon navigateur, être prêt à avaler de milliers de litres d'eau»[6],

 

A cet effet, indiquons que taux de mortalité des entreprises est très élevé : à peine 1 entreprise sur 4 tient la route durant la première année. Aux dires des institutions intermédiaires : le CJD, l'ANAPEC, les Chambres de Commerce et d'Industrie, et  le CRI (Centre régional d'investissement) ; c’est l'absence de véritables structures appropriées d'accompagnement qui fait dérailler le train. Attentifs au déficit en accueil, en écoute et en suivi, ces organismes proposent aux jeunes promoteurs des kits dont la composition est fortement variable en information et en conseil.

 

Tous les futurs promoteurs sont embarqués dans le même bateau, ce qui  suppose, qu'il y ait beaucoup d’échecs et très peu de réussite. C’est clair, on marche ou on  crève, puisque concevoir intellectuellement  dans la tête ou sur du papier glacé un projet professionnel ne signifie point que la partie est conquise. C’est pendant  toutes les phases de création, du lancement et de gestion, et sans aucun doute, durant tous les jours et les ans après qu'il faut être vigilant et risqueur. Quoi qu'on dise, l'entreprise n'a jamais été un havre de paix ni la finalité principale des amoureux des paris audacieux. Le métier d'un patron ne semble pas de tout repos dont la devise est de bosser quand le peuple roupille. Enfin de compte, les galons d’un patron ne s'acquiert pas par textes ni par hasard, par contre, ce sont le travail cardinal, la passion d’entreprendre toujours mieux et toujours plus, que se réalisent les rêves les plus utopiques, les plus fous.

  

   


[1] Le peu de structures culturelles sont étrangères : françaises, américaines, espagnoles, anglaises.

[2]A titre indicatif, au Maroc une bonne  PME-PMI  comprend, en moyenne,  50 employés, et respectivement  250 et 1 000 en Europe et aux Etats-Unis.

[3] [3]La corruption est devenue le jeu national préféré  des  Marocains ; 6 sur 10 versent des pots-de-vin. Transparency International pour 2007

[4] A plusieurs reprises, j’ai rencontré des jeunes étudiants  Marocains qui ont préféré suivre leurs stages en Argentine, au Brésil, en Inde, en Europe de l’Europe, en Ruéussie.

[5]  Aucune subvention substantielle ne lui est allouée pour lancer son projet professionnel

[6]  KAWASAKI Guy, Art de se lancer.  Ed Diateino. 2006

 

Par CREADEV
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